Bonjour, les visiteurs de mon blog,

Je ne vous ai pas oubliés. Petit bonjour spécial à Anne-Isabelle en espérant que son tendon ne la persécute pas trop. Je suis en Provence, à dix kilomètres du premier tabac et de la première boulangerie, je m’en fous, je ne mange pas de pain et je ne fume pas. Mais je suis avant tout dans la maison de la femme de ma vie. D’ailleurs, elle habiterait en plein milieu du désert de Gobie, du Pôle Nord ou du septième arrondissement… enfin un endroit inhospitalier, impossible pour un habitué des troquets dans mon genre, je braverais toutes les intempéries sociales et climatiques pour respirer sa voix. La femme qui me ressuscite périodiquement et grâce à qui je peux continuer à écrire mes conneries est toujours aussi craquante. Un sourire d’elle et j’avale un parpaing.

 

 

Alors, le Luberon, c’est comment ?

 

D’abord, c’est ensoleillé. Froid, la nuit, caniculaire l'après-midi, normal le soir. Mais à part scruter la femme de sa vie pour trouver des raisons nouvelles de l’idolâtrer, les distractions ici doivent être rares. Et comme je marche encore avec difficulté, même s’il y avait un bal, un marathon ou une foire à la brocante, je ne pourrais pas les savourer à leur juste valeur…

 

Bref, disons que je suis, du verbe "suivre", une sorte de stage de vie contemplative. Et j'espère bien vous revenir « plein d’usage et raison ».

 

A bientôt

 



 


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Retour de campagne

J’imagine mal un guépard s’astreindre à deux semaines de végétarisme, comme ça, pour voir comment ça fait. Il n’y a que l’être humain finalement pour tenter des expériences aussi débiles que contre-nature. Non, je vous dis ça parce que je reviens de la campagne. Pas la province, non, la province, ça grouille, ça pétille, ça s’embouteille à dix-huit heures, bref ça singe tellement Paris que ça en chope les snobismes, les bouchons et la dilatation des loyers. Non, c’est de la campagne que je vous cause, la vraie, celle que même France 3 n’y aventure jamais un projo. Pour vous donner une idée, le tabac le plus proche est à dix kilomètres, et par une route que la Carrera de la Muerte bolivienne, à côté, c’est la Promenade des Anglais.

Pour en revenir aux deux semaines de mon guépard, c’est une image bien sûr. La campagne en revanche, c’est une réalité. Une réalité que Benjamin Franklin n’a visiblement pas enrichie de ses geniales pointes métalliques. Au début, tous ces plombs qui sautent au moindre orage, on n’y croit pas. Progressivement on s’y fait, on s’y attend, on éteint l’ordi par précaution.

J’ai fait tous ces gestes, mais je me disais juste que certains signes ne trompent pas. Je le sentais bien, remarquez, mais, comme dirait Michel Neyret, là, j'en ai la flagrance…

Je ne suis pas un indécrottable Parisien, non, en fait...

… je suis un indécrottable citadin!

 

 

 

 

 

 


  

 

 

Concert Fish 1


 


Hosto

 

Rencontre du troisième millénaire

Le savant Cochinus et l'Homo hospitalicus

Il est des révélations d’éminents spécialistes qui vous changent un malade. La nouvelle est tombée de la bouche même du ponte... mon escarre est sacré ! Non qu’il évoquât d’une quelconque manière le Divin. En l’occurrence, « sacré » nous renvoie plus prosaïquement au sacrum. Restez donc couverts, braves gens, il n’y a rien là que de très profane.
Il n’empêche que ce sacré escarre me vaut le plaisir, l’honneur, l’avantage de confier multiquotidiennement mes fesses à de charmantes créatures, qui y mettent beaucoup de coeur et de douceur, il faut être honnête. Et prévenantes avec ça ! Je ne suis pas près d’oublier le tonitruant « Ne bougez pas trop, mon scalpel est à un centimètre de votre fesse gauche »... Ça calme !
Un bémol cependant à ce sincère dithyrambe aide-soignantophile. A chaque renouvellement de pansement, ces charmantes jeunes femmes hésitent, elles tâtonnent, se posent à haute voix des questions inquiétantes pour le propriétaire des fesses sus-évoquées. Une sorte de Bac blanc mutuel, quoi, mais en live.
En tout cas, s’il y avait un César de la meilleure réplique, il reviendrait sans conteste à l’apprentie aide-soignante de ce matin, à tout le moins, elle serait nominée.
Cela faisait quand même vingt bonnes minutes qu’elles me malaxaient l’arrière-train, à deux, décollant les différentes strates du pansement précédent, réaménageant – avec les hésitations d’un pilote de long-courrier pris dans une tempête et cherchant désespérément un terrain d’atterrissage de fortune – 
réaménageant, disais-je donc, un point d’implantation pour le prochain Vac. Un peu de vulgarisation ? le Vac, Vacuum Assisted Closure pour les dames, est un genre d’accélérateur de cicatrisation par pression négative, c’est tout bête mais fallait y penser, je vous expliquerai... Bref, autour de mon lit de douleur, tout semblait ronronner. Des mains douces et calmes aux doigts discrets effleuraient le bas de mon dos, lorsque tout à coup la diplômée s’adresse à l’apprentie :

« Tu peux aller dans la grande salle, il y a trois feuilles pliées en deux, c’est mes notes sur le mode d’emploi du Vac. Apporte-les-moi, s’il te plaît. »

On me l’aurait raconté, je pense que, moi aussi, je me serais plié en deux.
Dans un charmant cliquetis – 
à l’oreille un petit 36 –, des sandales s’éloignent rapidement. Plus de son, plus d’image. Je médite – je ne médis pas, je médite – sur l’apprentissage sur le tas dans les hôpitaux, publics ou privés. Avec le patient dans le rôle du tas. Clic clac, clic, clac, retour du petit 36. Et quelques babillages discrets plus tard, les malaxations reprennent. Les fesses sur le lit n’ont pas bronché d’un poil.

 « Ce n’est pas trop froid, monsieur ? », s’enquiert l’apprentie en badigeonnant la lisière de la plaie avec un papier que l’on croirait fraîchement sorti du bac à glace de son frigo.

Non, je ne réponds pas... Non, non... je pense à autre chose ! 

 

Marre de l’hosto? Moi aussi !

Petite pause musicale sur le lien

"Mes chansons sur Myspace"?

 

Caducée


 

Cela fait plus d’un mois que je n’ai pas quitté ce lit d’hôpital. Je mange dedans, j’écris dedans, on me lave dedans, je dors mal mais dedans. Je sais bien que l’envie est un péché capital  – contrairement à la luxure qui serait plutôt un péché capiteux. Mais il y a des moments, fugaces, où l’envie me titille avec insistance le cortex, voire d’autres parties sensibles de ma pauvre enveloppe charnelle. Là, maintenant, tout de suite, par exemple, je donnerais tous les déambulateurs du service Orthopédie, toutes les béquilles, et un lot non négligeable d’aides-soignantes – pratiquement neuves et peu servi – pour prendre quelques minutes, quelques minutes seulement, la place de ce mec, même pas beau, mal fagoté et plutôt vieux, baguenaudant insolemment dans le couloir tout seul, sans aucune aide, ni aucune machinerie. Et que je revois même, par hasard et par la fenêtre, quelques minutes plus tard assis sur un banc sous le soleil estival de cette fin d’hiver.

Rrrrrrrrr ! Et encore, c’est un doux euphémisme, une manière de litote !

 

Caducée

 

 Un mec est venu pour me demander si je n’avais besoin de rien. Il était gentil, prévenant, autant que j’ai pu en juger, parce qu’il était surtout 5 h 45 du matin. Loin de moi, mon Dieu, vous me connaissez, l’intention d’être brutal avec le petit personnel. Même en pré-retraite, j’ai toujours l’âme cégétiste… enfin cégétiste du Livre, tendance anarcho-syndicaliste. Mais il se trouve que non seulement, pour la première fois depuis quatre nuits je dormais profondément, mais en plus je rêvais. Un de ces jolis rêves tout en douceur, comme je les kiffe. J’ai un truc. Je pense à la femme que j’aime un peu avant mon somnifère, et souvent, je la retrouve après. A la maison, ça marche sans somnifère d’ailleurs. J’étais donc avec ma princesse. Elle n’était pas triste, pas négative du tout. Non, là elle était douce, souriante, confiante, parlait d’avenir proche – du moins l’espérais-je puisqu’il s’agissait de projets post-Cochin... et patatrac! l’apprenti aide-soignant qui commence sa tournée par ma piaule. Pas de bol, fauché en plein rêve. Et je m’y connais en rêve, quand c’est foutu, c’est foutu. Y a pas un mec qui tape dans ses mains en criant « C’est bon, on la refait ! ». Non, plus c’est beau, plus c’est susceptible, un rêve, Bernard Tapie exaspéré par Jean-Michel Aphatie, genre. 

 De rêve plus guère, donc, et de sommeil n’en parlons pas. Cela fait plus de deux heures qu’il a sonné le clairon, le jeune pourfendeur de songes, et je tourne toujours en rond. A l’intérieur, s’entend.

 

 

Comment, vous n’êtes pas encore allé

sur "Mes chansons sur Myspace" ???

 

 

Caducée

 

Cédant aux incessantes remarques des aides-soignantes, toutes tailles et tous âges confondus, j’ai tenté de résorber un peu mon bordel. Du coup, je ne dors plus avec mon Mac... Dommage, ça faisait très fantasme d’informaticien, cette intimité avec mon MacBook, sans le regard inquisito-réprobateur d’une impatiente compagne de matelas. Le corollaire de cette absence – de Mac, pas de colitière –, c’est que l’envoi de messages demande beaucoup plus de contorsions qu’auparavant. Et les contorsions, ce n’est pas mon fort, ces derniers temps...

Bref, je persécuterai peut-être un peu moins mes proches de mes mails rageurs.

Petit mot quand même pour dire la même chose qu’hier, avant-hier, etc... c’est-à-dire qu’il fait chaud et que je trouve le matériel hospitalier, comment dire ?... par trop attachant !

Mon "pansement électronique" vient de sonner discrètement et affiche “Pression faible”. De jour comme de nuit, à intervalles de plus en plus restreints, il émet avec obstination un bruit de grenouille, de grenouille agile plus exactement, Rana dalmatina, pour les zoologues. Un coassement qui ne ressemble à aucun autre, à part celui du Vac, donc. Mais c’est vrai que là, on devine le batracien harassé, pour ainsi dire mourant. C’est pourtant pour ces braves amphibiens, me suis-je laissé dire, la saison des amours.

Je m’en vais de ce pas, c’est une image, appeler la vétérinaire de service.

A plusss !

 

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Avant l’inévitable Happy End,

un peu d’autopromo :

"Mes chansons sur Myspace"

 

Il est très facile de faire sourire en stigmatisant les dysfonctionnements administratifs d’un grand hôpital, comme on le fait par ailleurs de la Poste ou de la SNCF. Et puis, c’est tellement français comme réaction. Nous, les Gaulois, on a ça dans le sang depuis avant le premier cri.

Après une hospitalisation longue et pénible, me voilà repassé en un peu plus de trois mois d’apprenti cadavre à nouveau bon vivant. Alors, même si je perds momentanément mon ton persifleur – vous me connaissez, ça ne va pas durer –, j’ai bien envie de les remercier, tous ces obscurs, ces sans-grade, croisés ces derniers mois à Cochin. Encore plus victimes que les malades des restrictions budgétaires “drasmatiques” qui depuis tant d’années frappent l’Hôpital public.

« Glissez, mortels, n’appuyez pas », prônait le fabuliste. Si l’on s’y penche un peu, d’ailleurs, le Serment d’Hippocrate, pondu à la louche il y a quelque 2300 ans, était surtout un abrégé éthico-mystique de savoir-vivre à l’usage de la médecine avant-gardiste de l’époque. Il ne prévoyait en aucune manière que le soignant s’attache au mépris de toute logique à ressusciter un mourant. Pourtant...

 Le premier jour, à travers la douce ouate du coma, j’entends trois petits coups discrets. Une tête montée sur une veste noire et sobre, très sacerdotale, s’avance timidement dans l’entrebâillement :

La tête : « Je suis l’aumonier de l’hôpital, vous voulez une prière ? »

Moi : « Quoi, déjà ??? » Il m’arrive de faire de l’humour noir en dormant… N’empêche que l’intention était touchante !

Puis cette femme de ménage qui s’entraîne quotidiennement à la transparence et aspire manifestement à l’invisibilité parfaite. « Vous savez, je fais partie des Chœurs de France ! », s’illumine-t-elle un matin en apprenant que je chante parfois ailleurs que dans ma salle de bains. Alors, je les ai écoutés, ces Chœurs de France, j’ai été bluffé, et je vous incite à en faire autant sur "choeursdefrance.free.fr". 

Et ces mots réconfortants au spectateur désespéré de sa propre déchéance physique et mentale. Et toutes ces blouses légères et parfumées, souvent délestées de soutien-gorge et qui se penchent dangereusement pour réajuster les oreillers de ce qui reste malgré tout un homme…

Alors en dépit de mes impatiences et de mes incompréhensions du début, je voudrais aujourd’hui leur rendre hommage, à tous ces missionnaires de l’imposssible.

L’Hôpital public vacille de plus en plus sous les coups de boutoir d’une “logique” gouvernementale et comptable absurde.

« J’aurai toujours plus d’estime 
pour les gens qui ont construit la Tour de Pise
que pour ceux qui disent qu’elle penche ! »

  

 Caducée usé

 

Marre de la pub ?

Allez, un dernier pour la route:

le lien, c’est «Mes chansons sur Myspace»

A bientôt...